L'ÉPAULE GELÉE (Capsulite rétractile) et ses origines posturales

L'ÉPAULE GELÉE (Capsulite rétractile)

Christophe Otte
Orthokinésiste
Physiothérapeute, podologue, ostéopathe, posturologue
L'ÉPAULE GELÉE (Capsulite rétractile)
La capsulite rétractile, plus connue sous le nom d’épaule gelée, est une affection aussi invalidante qu’énigmatique. Longtemps considérée comme un trouble purement articulaire, elle révèle en réalité un déséquilibre global du corps. L’approche orthokinésique propose une lecture innovante et systémique de cette pathologie, en replaçant l’épaule au cœur d’un réseau postural, neurosensoriel et émotionnel complexe. Cet article en explore les mécanismes, les symptômes, l’évaluation et les solutions thérapeutiques intégrées.

1. Comprendre l’épaule gelée  

La capsulite rétractile, plus communément appelée « épaule gelée », est une pathologie fascinante par sa complexité. Elle ne se limite pas à un enraidissement local de l’articulation de l’épaule. Elle révèle une cascade d’adaptations neuro-inflammatoires, biomécaniques et parfois émotionnelles, conduisant à une perte majeure de mobilité articulaire. Cette affection se distingue par une fibrose de la capsule articulaire gléno-humérale, conduisant à un rétrécissement de la cavité articulaire, une perte du glissement synovial, et une inhibition des amplitudes, parfois jusqu’à l’ankylose fonctionnelle.
Sur le plan histologique, on observe une hypervascularisation associée à une infiltration fibroblastique, similaire aux tissus cicatriciels. La capsule devient rigide, peu extensible, et résistante à la traction. Cela explique pourquoi les mouvements passifs sont tout aussi limités que les mouvements actifs, phénomène distinctif de la capsulite.
Cette affection évolue le plus souvent sans lésion initiale identifiable. C’est ce qu’on appelle la forme idiopathique. En revanche, la capsulite peut survenir après un traumatisme (luxation, fracture), une chirurgie (notamment mammaire ou thoracique), ou dans un contexte métabolique ou endocrinien, comme le diabète ou les dysthyroïdies. Il a également été démontré que des patients souffrant de dépression ou d’anxiété chronique sont plus à risque, ce qui confirme l’interaction constante entre les systèmes neurovégétatif, émotionnel et postural.
L’évolution naturelle de la capsulite suit trois phases, décrites par Neviaser dès 1945 et toujours d’actualité dans la littérature contemporaine :
  • Phase de congélation (phase douloureuse) : prédominance de la douleur inflammatoire, souvent insomniante, aggravée la nuit et lors des gestes fins (écriture, habillage, coiffure). C’est une période où l’amplitude est encore relativement préservée, mais déjà accompagnée de crispations musculaires réflexes.
  • Phase gelée (phase raideur) : la douleur diminue légèrement, mais la raideur devient majeure. Le patient ne peut plus effectuer certains gestes de la vie quotidienne. Le handicap est à son apogée. C’est aussi la phase où apparaissent les plus grandes compensations posturales, souvent ignorées.
  • Phase de dégel (phase de récupération) : retour progressif de la mobilité, souvent sur plusieurs mois, voire années. L’épaule ne revient pas toujours à son état antérieur si les compensations globales ne sont pas levées.
Dans l’approche orthokinésique, ces trois phases ne sont pas considérées comme purement locales, mais comme des états d’adaptation globale du système corporel. Elles doivent être étudiées en tenant compte des interactions podales, pelviennes, respiratoires, cervicales, visuelles et émotionnelles.
 

2. Symptômes caractéristiques de la capsulite rétractile

La capsulite rétractile est une affection dont les symptômes s’installent progressivement, parfois de manière insidieuse. Ce n’est souvent qu’après plusieurs semaines de gêne, de raideur et de douleurs diffuses que le diagnostic commence à être évoqué. L’orthokinésiste, pour sa part, ne s’arrête pas à la simple constatation d’un enraidissement gléno-huméral : il cherche à comprendre les signaux corporels exprimés à travers ces symptômes, et à identifier les chaînes neuromusculaires perturbées à l’origine du blocage.
 
Douleurs caractéristiques
La douleur dans la capsulite est inconstante dans sa forme, mais constante dans sa présence. Elle se manifeste de manière :
  • Profondément ancrée : elle semble provenir du centre de l’épaule, avec une sensation de « bloc interne ».
  • Sourde, continue : elle persiste au repos, ce qui la différencie d’autres troubles musculo-tendineux.
  • Nocturne et insomniante : particulièrement invalidante, la douleur réveille le patient, surtout lorsqu’il dort sur l’épaule concernée.
  • Déclenchée par le froid : cette sensibilité thermique trahit une dimension vasculaire et neurovégétative.
  • Exacerbée à l’étirement passif : même sans contraction musculaire, la capsule étant fibreuse, tout mouvement mobilisant l’articulation provoque une douleur aiguë.
Dans la logique orthokinésique, ces douleurs doivent également être interprétées comme des signaux d’alarme neurosensoriels : le corps restreint volontairement l’utilisation de l’articulation pour protéger un équilibre postural perturbé, ou pour éviter un conflit mécanique récurrent (appui plantaire asymétrique, rotation thoracique excessive, désaxation cervicale, etc.).
 
Limitations fonctionnelles
L’un des signes les plus parlants est la perte de mobilité fonctionnelle, souvent très invalidante au quotidien. Cette perte concerne :
  • L’élévation antérieure (antépulsion) : la personne ne peut plus lever le bras devant elle au-delà de 90 à 100°.
  • L’abduction : lever le bras latéralement est douloureux et limité.
  • La rotation externe : c’est l’amplitude la plus souvent affectée et l’une des premières perdues. Le patient ne peut plus se coiffer, porter un sac sur l’épaule, ou effectuer un geste d’auto-soin.
  • La rotation interne : mise en évidence par l’impossibilité de mettre une main dans le dos, d’attacher un soutien-gorge, ou de s’essuyer après être allé aux toilettes.
Particularité : la limitation est identique en actif et en passif. Cela signifie que même si un thérapeute tente de mobiliser l’articulation, elle reste bloquée. Ce phénomène est un marqueur clinique fondamental, qui permet de différencier la capsulite d’une simple tendinite ou d’un conflit sous-acromial.
 
Réactions secondaires et compensations posturales
Le blocage articulaire n’est pas sans conséquences sur le reste du corps. Il déclenche des adaptations à la fois musculaires, fasciales et posturales, qui peuvent devenir des sources de douleur secondaire, voire créer un cercle vicieux de limitation.
Hypertonie réflexe des muscles périphériques :
  • Trapèze supérieur : sursollicité pour soulever la ceinture scapulaire.
  • Sous-scapulaire : verrouillé par réflexe, bloque la rotation externe.
  • Petit rond : tente de compenser la perte de rotation, souvent en conflit avec la scapula.
  • Rhomboïdes : tentent de stabiliser la scapula, au prix d’une contraction constante.
Posture compensatrice :
  • Apparition d’une cyphose thoracique augmentée, pour rapprocher le bras du corps.
  • Inclinaison cervicale réflexe du côté opposé.
  • Fixité scapulaire en antéposition ou en élévation.
  • Asymétrie des pieds induisant une asymétrie de charge et donc une chaîne ascendante perturbée.
Ces éléments expliquent pourquoi un traitement localisé sur l’épaule reste souvent inefficace à long terme : tant que le schéma global de compensation n’est pas levé, la capsulite persistera ou récidivera.
 
Approche orthokinésique
En orthokinésie, chaque symptôme est interprété comme un message corporel : la douleur indique une surcharge ou un conflit, la raideur protège une instabilité, et la compensation reflète un schéma adaptatif global. Ainsi, l’évaluation ne se limite jamais à l’épaule, mais s’étend :
  • aux pieds (déséquilibres des arches et sous-taliens),
  • au bassin (différence de membre inférieur, torsions iliaques),
  • au rachis (courbures anormales),
  • à la respiration (blocage diaphragmatique),
  • à la sphère crânienne (oculomoteur, ATM),
  • et à l’histoire émotionnelle (stress, deuils, non-dits somatisés).

3. Tests cliniques utiles pour le diagnostic de l’épaule gelée

Le diagnostic de capsulite rétractile repose essentiellement sur l’examen clinique. Il n’existe pas de biomarqueur ou d’imagerie spécifique permettant de confirmer formellement cette pathologie. Toutefois, l’imagerie (IRM ou échographie) peut être utilisée pour exclure d’autres affections (rupture de coiffe, arthrose gléno-humérale, tumeur) ou pour observer indirectement l’état inflammatoire de la capsule. Le diagnostic positif repose donc sur l’observation rigoureuse des amplitudes articulaires, des réponses douloureuses et de la cohérence des limitations fonctionnelles.
En orthokinésie, les tests ne visent pas uniquement à nommer une pathologie, mais à distinguer les zones de blocage mécanique des zones de verrouillage réflexe, à évaluer les circuits neuromusculaires affectés, et à intégrer ces résultats dans un schéma postural cohérent.
 
Principes fondamentaux du testing
  1. Tester en actif et en passif : c’est la clé pour identifier une capsulite vraie. La perte d’amplitude est équivalente dans les deux cas.
  2. Observer les compensations : un patient qui incline le tronc ou élève l’épaule pour « tricher » est un patient qui a perdu le contrôle central du mouvement.
  3. Tester globalement : un test local peut être complété par des observations sur la statique globale (inclinaison tête/bassin, appui asymétrique, respiration paradoxale…).
  4. Noter la réponse émotionnelle ou végétative : transpiration, anxiété, crispation, sidération… autant de signes d’un système nerveux réactif.
 Tests de mobilité articulaire
Mobilité passive dans les trois plans
Le praticien effectue une mobilisation douce de l’épaule selon trois directions principales :
  • Antépulsion (élévation antérieure)
    ➤ Dans la capsulite : souvent limitée à 90° – 100°, blocage net.
  • Abduction (élévation latérale)
    ➤ Souvent plus restreinte que l’antépulsion, avec élévation compensatoire de la scapula.
  • Rotation externe (bras le long du corps, coude fléchi à 90°)
    ➤ Amplitude très réduite, parfois <10°. Sensation de bloc rigide, non élastique.
  • Rotation interne (main dans le dos)
    ➤ Le patient n’arrive plus à atteindre la région lombaire. Parfois, la main reste au niveau de la fesse.
Caractéristique déterminante : l’amplitude est limitée aussi bien en passif qu’en actif. Cela permet de différencier la capsulite d’un conflit sous-acromial ou d’un dysfonctionnement musculaire simple.
 
Tests combinés et fonctionnels
Test d’Apley (double face)
Ce test combine plusieurs amplitudes et est très utile pour objectiver une perte fonctionnelle asymétrique :
  • Main derrière le dos vers le haut : rotation interne + adduction + extension.
    ➤ Amplitude typiquement réduite dans les capsulites.
    ➤ Souvent absente dès la phase 2.
  • Main au-dessus de l’épaule opposée vers le bas : rotation externe + abduction + flexion.
    ➤ Difficulté à atteindre l’omoplate, voire la nuque.
    ➤ La douleur survient dès le départ du mouvement.

Le test d’Apley donne une vision globale du fonctionnement articulaire, et permet une comparaison droite/gauche simple et parlante.
 
Test de rotation externe en décubitus (position couchée)
  • Le patient est en décubitus dorsal.
  • Le bras est placé en abduction de 90°, coude fléchi.
  • Le praticien tente une rotation externe passive.
Dans une capsulite, la capsule postérieure et inférieure est rétractée. La résistance est nette, sans rebond musculaire, mais avec une impression de « butée fibreuse ».
Ce test est important pour différencier une limitation capsulaire d’une limitation musculaire (qui aurait une élasticité relative et serait influencée par la respiration).
 
Tests d’exclusion (pathologies différentielles)
Afin d’éviter des erreurs diagnostiques, il convient de pratiquer certains tests permettant d’éliminer d’autres atteintes :
  • Test de Speed et Yergason : douleur au sillon bicipital → suspicion de tendinopathie du long biceps.
  • Test de Neer et Hawkins : douleur à l’élévation passive → signe un conflit sous-acromial (syndrome d’accrochage).
  • Test de Jobe : met en jeu le supra-épineux, utile pour exclure une rupture partielle de la coiffe.
Dans la capsulite, tous ces tests sont généralement négatifs, ou ne reproduisent pas de douleur précise localisée.
 
L’approche orthokinésique complète ces tests classiques par des tests fonctionnels intégrés dans le bilan global.
 

4. Analyse posturale selon l’orthokinésie : explorer les origines profondes du déséquilibre

Dans l’approche orthokinésique, l’épaule gelée n’est jamais considérée comme une affection isolée. Elle représente l’expression périphérique d’un déséquilibre global, le point final d’une série de compensations posturales successives qui se sont cristallisées dans l’articulation gléno-humérale. Le blocage articulaire n’est donc pas la cause première, mais bien la conséquence logique d’un enchaînement de tensions mal gérées, de stratégies d’adaptation devenues rigides, et d’un dialogue rompu entre les différentes composantes du schéma corporel.
Autrement dit, l’épaule gèle parce que le corps a cessé de savoir l’intégrer harmonieusement dans son orchestration motrice. Pour corriger ce déséquilibre, il ne suffit pas de débloquer l’articulation : il faut en comprendre l’origine systémique. C’est pourquoi l’analyse posturale est le socle de toute intervention orthokinésique.
 
Décryptage des facteurs posturaux contributifs
Le bilan orthokinésique ne recherche pas un « défaut » local, mais une logique corporelle compensatoire. Plusieurs éléments sont systématiquement évalués, car ils peuvent influencer l’apparition et la chronicisation d’une capsulite. En voici quelques-uns :
❖ Dérèglement des pieds
L’analyse des pieds : déformations sous-taliennes, effondrements d’arches, déficit proprioceptif…des éléments à analyser en statique et en dynamique pouvant être engendrés en compensations à des douleurs/traumatismes anciens, mauvaises chaussures... Ces anomalies perturbent la chaîne ascendante, en modifiant la trajectoire d’alignement des membres inférieurs vers le tronc, provoquant une dérive scapulaire posturale.
❖ Hypertonie réflexe du muscle sous-scapulaire
Le sous-scapulaire, muscle clé de la rotation interne, peut devenir hypertonique de manière réflexe dans les déséquilibres posturaux. Il verrouille alors l’épaule de l’intérieur, empêche la rotation externe et installe une raideur qui mime la capsulite, ou y contribue. Cette hypertonie est souvent silencieuse, et nécessite un testing musculaire fin pour être mise en évidence.
❖ Rotation thoracique préférentielle et posture subissante scapulaire
Chaque individu a une préférence de rotation thoracique (droite ou gauche), influencée par sa dominance motrice. Si cette préférence est mal intégrée, ou contrariée par une posture de travail prolongée, la scapula peut entrer en posture subissante : elle cesse de s’adapter dynamiquement et se fixe en antéposition ou en rotation interne, générant des tensions qui ferment l’épaule.
❖ Blocage diaphragmatique et hypomobilité costale
Le diaphragme, muscle respiratoire central, est aussi un stabilisateur postural fondamental. Lorsqu’il est en hypertonie, il limite la mobilité des côtes inférieures, réduit l’amplitude respiratoire, et empêche l’engagement de la chaîne respiratoire descendante. Cette perte de mobilité se transmet aux scapulas via les muscles intercostaux et le dentelé antérieur, verrouillant l’élévation de l’épaule.
❖ Différence de Membres inférieurs (DMI) vraie ou fonctionnelle
Une inégalité de longueur des membres inférieurs — qu’elle soit anatomique (osseuse) ou posturale (rotation pelvienne, flexion de genou, affaissement de pied) — engendre un déséquilibre du bassin, qui se répercute verticalement sur le rachis, les côtes, la ceinture scapulaire, et l’épaule. Cette asymétrie provoque une adaptation en inclinaison et en rotation du tronc, souvent compensée par une scapula figée d’un côté, bloquant insidieusement la mobilité gléno-humérale.
 
❖ Autres facteurs à intégrer
  • Asymétrie visuelle ou oculomotrice
  • Troubles occlusaux, déficiences fonctionnelles ou proprioceptives des Articulations Temporo-Mandibulaires (ATM)
  • Antécédents émotionnels fixés corporellement
  • Mémoires posturales liées à des traumatismes anciens ou à des schémas d’adaptation prolongés
 
Enjeux du bilan postural OPS (orthokinésique)
Le bilan ne se limite pas à une observation statique. Il vise à décrypter la dynamique corporelle, à identifier les points de rupture dans la coordination naturelle, et à trouver la cause primaire du désordre postural. Les objectifs concrets du bilan sont les suivants :
  • Repérer les verrous réflexes primaires
Ce sont des zones du corps où le mouvement est bloqué non pas mécaniquement, mais par une inhibition neuromusculaire réflexe. Ces verrous se trouvent souvent à distance de la zone douloureuse, mais en sont la cause profonde.
  • Identifier les zones en compensation ou en posture subissante
Certaines parties du corps compensent constamment pour d’autres qui ne fonctionnent plus correctement. D'autres, au contraire, subissent les contraintes sans pouvoir réagir. Il est essentiel de savoir qui « fait le travail » et qui le subit.
  • Déterminer le mode moteur préféré
Chaque individu a une préférence motrice, un schéma de mouvement instinctif. Forcer une gestuelle dans un plan qui ne correspond pas à cette préférence peut créer des désorganisations posturales profondes.
  • Mettre en évidence un profil sensoriel ou émotionnel bloquant
Le corps est le reflet de l’histoire émotionnelle de la personne. Certains blocages posturaux sont liés à des mémoires traumatiques, à des événements stressants ou à des conflits non résolus. Le repérage de ces empreintes corporelles est fondamental pour ne pas faire « sauter un verrou » que le corps protège consciemment.
L’analyse posturale en orthokinésie n’est donc pas un simple outil d’observation : c’est un décodeur du langage corporel, une boussole permettant de remonter le fil des compensations jusqu’à leur origine, afin de proposer un traitement précis, progressif et profondément respectueux du corps.
L’épaule ne gèle jamais au hasard. Elle exprime le point de rupture d’un équilibre corporel. À travers l’analyse posturale, l’orthokinésiste lit dans le corps les mécanismes d’adaptation, les tentatives de compensation, et les verrouillages protecteurs, pour offrir un traitement non pas local, mais global, respectueux et durable.

 5. Traitement orthokinésique de l’épaule gelée

Dans la vision orthokinésique, traiter une épaule gelée ne revient pas simplement à « redonner de la mobilité » à une articulation enraidie. Il s’agit de réorganiser un dialogue perturbé entre les différentes composantes du corps, de lever les verrous neurofonctionnels, de réinitialiser la mémoire posturale, et de restaurer un mouvement libre, fluide et coordonné. Cette approche combine des techniques précises, progressives, respectueuses de la physiologie et du vécu émotionnel du patient.
Le traitement repose sur quatre grands axes interdépendants :
  1. La levée des verrous par la thérapie manuelle ortho-dynamique,
  2. La régulation du système postural via des outils de stimulation,
  3. La réintégration fonctionnelle par le mouvement,
  4. L’accompagnement pluridisciplinaire selon le terrain du patient.
 
A. Manipulations neuro-dynamiques

Les techniques manuelles orthokinésiques visent à déverrouiller les points réflexes clés, souvent à distance de l’épaule :
  • D3 à D6 : zones charnières entre inspiration thoracique, mobilité scapulaire et innervation gléno-humérale. Une restriction ici empêche toute libération posturale.
  • Côtes postérieures : les blocages costaux figent les mouvements respiratoires et empêchent le relâchement scapulaire.
  • Sterno-claviculaire et sterno-costal : ces carrefours mécaniques sont souvent fixés en compensation.
  • Sous-scapulaire : muscle central de la capsulite, souvent verrouillé par réflexe ; un travail d’inhibition par recoil est indispensable.
  • Muscles oculomoteurs et sphère crânienne : un œil directeur figé, une asymétrie de convergence ou une ATM verrouillée peuvent figer la posture cervicale et désorganiser l’orientation scapulaire.
Ces techniques sont rapides, précises agissant via le système nerveux autonome, en libérant les zones en “alarme”.

B. Réorganisation posturale par stimulations périphériques actives

La clé de voûte du traitement orthokinésique réside dans l’activation des interfaces sensorimotrices du corps : les pieds, la bouche et les yeux. Ces trois zones commandent l’ensemble des ajustements posturaux.

L’épaule, sommet d’une chaîne ascendante influencée par les appuis et le bassin

L’épaule n’est jamais seule dans son dysfonctionnement. Elle s’inscrit dans une chaîne ascendante biomécanique, débutant au niveau des pieds et remontant jusqu’au crâne. Le moindre déséquilibre plantaire ou pelvien — qu’il s’agisse d’un affaissement d’arche ou d’une sous-talienne, d’une asymétrie de rotation iliaque ou d’une différence de longueur des membres inférieurs (DMI) — crée une perturbation dans la transmission des forces le long du corps. Ces contraintes sont absorbées par la chaîne musculaire postérieure et les chaînes croisées, qui finissent par sursolliciter les ceintures scapulaires et altérer la stabilité de l’articulation gléno-humérale. Ainsi, une simple asymétrie au sol peut, par accumulation de micro-ajustements, contribuer à figer l’épaule dans une posture compensatoire, favorisant à terme l’apparition d’une capsulite rétractile.
C’est dans cette logique que l’orthokinésie propose l’usage de semelles orthopédiques proprioceptives actives, également appelées activateurs plantaires. Fabriquées à partir d’un matériau à mémoire élastique, tel que le Carbonesate, ces semelles ne cherchent pas à soutenir passivement, mais à stimuler activement. Leur rôle est multiple et profondément neurosensoriel :
  • Elles réveillent les arches plantaires en dynamisant l’interaction entre le pied et le sol, en particulier au niveau des articulations sous-taliennes (ST), essentielles à la supination/pronation naturelle.
  • Elles corrigent les asymétries posturales en modifiant subtilement les afférences proprioceptives, influençant l’organisation tonique de la posture ascendante.
  • Elles libèrent les chaînes musculaires et fasciales profondes, en réinitialisant les schémas de contraction-rétraction réflexe qui verrouillent les jambes, le bassin et les épaules.
  • Elles activent le système parasympathique, favorisant un relâchement général des tensions musculaires et une réintégration du corps dans le calme tonique.

Ces semelles sont conçues sur la base du bilan postural OPS, avec une attention particulière portée aux préférences motrices, à l’équilibre des appuis et aux compensations détectées. Leur action est évolutive et régulée dans le temps, car elles s’adaptent à la progression du patient : au fur et à mesure que le corps retrouve sa mobilité et son alignement, les corrections sont ajustées pour accompagner ce retour vers l’homéostasie posturale.

En orthokinésie, ces semelles actives ne sont jamais considérées comme un simple accessoire. Elles sont un outil thérapeutique de régulation profonde, une interface entre le sol et le système nerveux, capable de réorienter la posture de bas en haut, jusqu’à libérer une épaule en souffrance, sans jamais la manipuler directement.
 
Interactions entre les désordres oculomoteurs, l’ATM et les tensions scapulaires descendantes

Dans l’approche orthokinésique, la mâchoire (ATM) et le système oculomoteur occupent une place centrale dans l’équilibre postural global. Ces deux structures, à la fois neurosensorielles et mécaniques, influencent directement le port de tête, qui agit comme pivot supérieur de l’alignement corporel. Un désordre de l’ATM, tel qu’un décentrage condylien, une occlusion asymétrique ou une hypertonie musculaire, peut perturber les signaux proprioceptifs transmis au tronc cérébral. Il en résulte un réajustement réflexe de la position de la tête, souvent vers l’avant ou en inclinaison, afin de rééquilibrer le regard ou réduire la douleur articulaire. De la même manière, une dysharmonie oculomotrice — comme une asymétrie tonique entre les muscles oculomoteurs ou une convergence déficiente — provoque une modification compensatoire de la posture cervicale afin de stabiliser le champ visuel.
Ces ajustements, lorsqu’ils deviennent chroniques, entraînent une surcharge musculaire des muscles cervicaux postérieurs et des trapèzes supérieurs, conduisant à une cascade descendante de tensions, de la nuque jusqu’aux omoplates. Cette chaîne de contraintes musculo-fasciales désorganise progressivement la dynamique scapulo-thoracique, perturbe l’équilibre des ceintures et place l’épaule en posture subissante. À terme, cette instabilité de haut en bas peut contribuer à l’apparition ou au maintien d’une épaule gelée, en maintenant une hypertonie réflexe constante sur le sous-scapulaire, le petit rond ou les rhomboïdes. C’est pourquoi l’évaluation clinique d’un cas de capsulite doit toujours inclure une exploration des fonctions visuelles, mandibulaires et cervicales, car ces éléments, bien qu’éloignés de l’articulation scapulo-humérale, peuvent en être les déclencheurs silencieux.

La régulation orthokinésique des ATMs et des muscles oculomoteurs s’effectuent via :
  • Gouttières dentaires actives (activateurs dentaires) : utilisées lorsque des déséquilibres mandibulaires ou des ATM figées sont identifiés. Elles permettent de recentrer la mandibule, réharmoniser les fonctions musculaires et proprioceptives des ATMs, déverrouiller les tensions crânio-cervicales et réduire les compensations scapulaires hautes.



C. Exercices thérapeutiques spécifiques : rééduquer le mouvement dans toutes ses dimensions
L’exercice thérapeutique ne se limite pas à une mobilisation articulaire ou un renforcement musculaire ciblé. Il s’inscrit dans une démarche globale, sensorimotrice et neurofonctionnelle, visant à déprogrammer les réflexes nociceptifs, réinitialiser les circuits moteurs perturbés, et réintégrer l’articulation dans une dynamique corporelle fluide.
Chez les patients souffrant d’une épaule gelée, le mouvement est souvent perçu comme douloureux, voire dangereux. Le système nerveux central développe alors un schéma d’évitement, inhibant volontairement certaines amplitudes pour « protéger » le corps. Cette stratégie, utile à court terme, devient délétère lorsqu’elle se chronicise. C’est pourquoi le thérapeute doit proposer des exercices doux, progressifs et multisensoriels, destinés à restaurer la confiance du cerveau dans le mouvement.
Les exercices sont strictement individualisés, en fonction :
  • des préférences motrices ;
  • des chaînes musculaires dominantes ;
  • du niveau de douleur ;
  • des compensations installées.
Des activateurs posturaux (sangles élastiques modulables) peuvent être utilisés dans le but de faciliter le mouvement ou de le rendre plus compliqué selon la phase de rééduction.

Le mot-clé est la progressivité, non seulement dans l’amplitude, mais aussi dans la complexité motrice, la charge sensorielle et la stabilité du corps.
 
Objectifs fondamentaux des exercices thérapeutiques
Réactiver les schémas moteurs oubliés : par des mouvements guidés dans des directions abandonnées par le système nerveux.
  1. Désensibiliser les circuits douloureux : en réintroduisant le geste à faible charge sensorielle, sans danger.
  2. Réintégrer l’épaule dans sa chaîne fonctionnelle : reconnecter le bras au tronc, au bassin, aux appuis.
  3. Dissocier les ceintures et stimuler les voies croisées : pour dénouer les fixités réflexes.
  4. Rendre le patient acteur de sa récupération : restaurer l’autonomie corporelle par le mouvement conscient.
Exemples d’exercices, selon l’étape de récupération
➤ Phase initiale (épaule très figée)
  • Micro-mobilisations thoraciques avec moulinets d’épaule :
    En position assise ou debout, le patient effectue de petits cercles d’épaule avec une inclinaison douce du tronc, pour réactiver la mobilité scapulo-thoracique sans forcer l’articulation gléno-humérale.
  • Mobilisations assistées avec respiration profonde :
    L’intégration de la respiration diaphragmatique dans le mouvement permet de stimuler le système parasympathique et de désactiver la tension réflexe de protection.
  • Automassages guidés (balles, rouleaux) des zones de tension (sous-scapulaire, trapèze supérieur, bord médial de la scapula).
➤ Phase intermédiaire (début de récupération active)
  • Exercices en chaîne croisée bras/jambe opposée :
    Le patient marche sur place en exagérant le balancier des bras, puis exécute des fentes latérales avec balancement du bras opposé. L’objectif est de reprogrammer les voies croisées motrices et de relier le bras au rythme du bassin.
  • Dissociation ceinture scapulaire/bassin sur instabilité légère :
    Debout sur coussin proprioceptif, le patient effectue des rotations lentes de la ceinture scapulaire pendant que le bassin reste stable. Cela favorise la réappropriation du mouvement dissocié, souvent verrouillé en cas de capsulite.
  • Mobilisations en position quadrupédique :
    Le patient effectue des déplacements latéraux, des oscillations antéro-postérieures avec appui progressif sur l’épaule affectée, dans une position sécurisante et décompressée.
➤ Phase avancée (reprogrammation fine)
  • Exercices neurodynamiques ciblés :
    Mobilisation du nerf radial (position bras tendu, paume vers le sol, inclinaison cervicale opposée), du nerf médian (bras en abduction, paume vers le plafond, extension poignet), ou du nerf ulnaire. Ces glissements doux réactivent les voies sensorielles souvent inhibées.
  • Travail de dissociation œil-main-tronc :
    L’utilisation d’un point visuel mobile (balle suspendue, laser, ballon) oblige à orienter la tête et les yeux différemment de la direction du mouvement du bras. Ce travail de coordination visuo-motrice est fondamental en orthokinésie.
  • Enchaînements moteurs fonctionnels :
    Simulations de gestes du quotidien (atteindre une étagère, prendre un objet au sol, se coiffer) avec contrôle de l’alignement postural et du rythme respiratoire.
Enjeux neurofonctionnels
Les exercices thérapeutiques agissent sur plusieurs niveaux :
  • Cortex sensorimoteur : réactivation de la carte cérébrale du membre
  • Cervelet : recalibrage des automatismes moteurs
  • Système limbique : désensibilisation des circuits de peur associés au mouvement
  • Voies réticulaires et vestibulaires : intégration de la posture dynamique
Ils permettent d’éviter le piège d’un traitement purement passif ou localisé. Le mouvement, lorsqu’il est bien guidé et respectueux des préférences du patient, devient un médicament, capable de restructurer le schéma corporel.
 

6. Intégration pluridisciplinaire

L’épaule gelée bénéficie d’un accompagnement multidisciplinaire complémentaire, en lien avec l’orthokinésie (chaque thérapeute respectant son champ de compétence) :
  • Kinésithérapie/physiothérapie : pour entretenir la mobilité et drainer l’inflammation
  • Ostéopathie : travail tissulaire profond sur la capsule
  • Dentisterie fonctionnelle : ajustement occlusal si ATM verrouillée
  • Thérapie somato-émotionnelle : si mémoire traumatique persistante
  • Psychologie corporelle : gestion des charges émotionnelles figées dans l’épaule
 

7. Conclusion : L’épaule gelée comme signal d’un déséquilibre global

Dans la vision orthokinésique, l’épaule gelée n’est pas qu’une inflammation locale : elle est le témoin silencieux d’un déséquilibre général du corps. L’erreur serait de vouloir la débloquer localement sans en comprendre l’origine systémique.
La stratégie gagnante repose sur :
  • Un bilan postural global et dynamique OPS
  • Des manipulations ciblées et neurosensorielles
  • Des semelles de stimulation adaptées, des gouttières dentaires actives et des planches oculaires actives pour un rééquilbrage du port de tête
  • Une reprogrammation motrice durable et fonctionnelle
L’objectif n’est pas uniquement de retrouver la mobilité, mais de prévenir la récidive, rééquilibrer la posture et réconcilier le corps avec son mouvement naturel.
 
 
 
 
 
 
 
 

Informations complémentaires :

Clinique OPS propose des solutions thérapeutique de posturologie dynamiques innovantes et sur-mesure pour optimiser l'équilibre postural/

- Découvrez les tarifs d’un bilan postural OPS et des semelles orthopédiques activesExplorez les possibilités de remboursement.

- Parcourez notre sélection des semelles orthopédiques les plus performantes .

- Peut-on se passer définitivement des semelles orthopédiques ?

- Pourquoi un soutien constant demeure-t-il essentiel pour nos pieds ?

- Quelles répercussions peut entraîner l’utilisation prolongée des semelles orthopédiques passives ?

- Pour identifier l’origine de vos douleurs, explorez notre protocole d’examen postural OPS ou optez pour une évaluation complète intégrant une analyse podologique et un contrôle du dos.

- Consultez les témoignages de patients ayant bénéficié de nos soins sur nos plateformes dédiées et découvrez l’ensemble de nos solutions sur posturoshop.

- La formation en orthokinésie (posturologie dynamique) est accessible aux professionnels de santé, notamment aux physiothérapeutes, kinésithérapeutes, ostéopathes, médecins et coachs sportifs.

 

 


VOICI LA LISTE DES PATHOLOGIES POSTURALES QUI PEUVENT ÊTRE AMÉLIORÉES GRÂCE À NOS TRAITEMENTS OPS :
 
Pathologies des membres inférieurs
Pieds
Pied plat, Pied creux, Pied Bot, Pied équin, Pied diabétique (neuropathie), Instabilité du pied, Métatarsalgie, Maladie de Morton, Hallux valgus, Hallux Rigidus, Quintus varus, Orteil en griffe, Tendinopathie achilienne, Tendinite du long fibulaire, Rupture du tendon d’Achille, Maladie de Sever, Tendinopathie du Tibial Postérieur, Scaphoïdite, Os surnuméraire, Syndrome du Canal Tarsien, Aponévrosite plantaire, Talalgie, Épine calcanéenne, Fracture de stress, Algodystrophie du pied, Ostéosynthèse, Élongation musculaire, Déchirure musculaire, Crampes musculaires, Arthropathie calcanéo-cuboïdienne, Arthropathie de Lisfranc, Maladie d’Haglund, Excroissance osseuse, Fibrose tissulaire, Maladie de Sever (ostéochondrose de l’apophyse postérieure du calcanéum), Maladie de Renander (ostéochondrose du sésamoïde), Maladie de Kholer (ostéochondrose du scaphoïde), Maladie de Freiberg (ostéochondrose de la tête métatarsienne), Maladie d’Iselin (ostéochondrose de la base du 5ème métatarsien), Cor, Verrue, Durillon.
Douleurs de la cheville
Instabilité, Entorse, Ostéosynthèse.
Douleurs de la jambe
Périostite tibiale, Tendinite du tibial antérieur, Syndrome des loges.
Douleurs du genou
Instabilité, Kyste poplité, Lésions méniscales et ligamentaires, Rupture du ligament croisé antéro-externe, Entorse, Syndrome de stress fémoro-patellaire, Maladie d’Osgood-Schlatter, Maladie de Sinding-Larsen-Johanson, Tendinite rotulienne, Tendinite de la patte d’oie, Tendinite du biceps crural, Syndrome du muscle poplité, Syndrome de la bandelette de Maissiat (alias « l’essuie-glace »), Genou valgum ou varum, Marche in-toeing, Prothèse Totale du Genou (PTG).
Douleurs de la hanche
Périarthrite, Tendinite du Psoas-iliaque, Syndrome du muscle piriforme, Syndrome du moyen fessier, Tendinite des adducteurs, Pubalgie, Dysfonction sacro-iliaque, Coxarthrose, Cruralgie, Bursite, Prothèse Totale de Hanche (PTH).
Douleurs du dos
Scoliose, Hyperlordose, Hypercyphose, Fracture de stress vertébrale, Lombalgie, Lumbago, Lombarthrose, Torticolis, Inégalité de longueur des membres, Dorsalgie, Cervicalgie, Maladie de Scheuermann, Syndrome de la queue de cheval, Canal lombaire étroit, Discopathie, Hernie, Protrusion, Spondylolisthésis, Fracture par compression, Fracture des transverses, Fracture d’une épineuse.
Pathologies des membres supérieurs
Épaule
Scapulalgie, Dysfonction de la coiffe des rotateurs, Épaule gelée (capsulite rétractile), Périarthrite scapulo-humérale, Conflit sous-acromial, Calcification, Luxation.
Douleurs aux coudes
Épicondylite (Tennis Elbow), Épitrochléite.
Douleurs aux poignets
Syndrome du canal carpien, Ténosynovite des fléchisseurs.
Pathologies de la tête
Céphalées, Migraines, Vertige, Vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB).
Douleurs des mâchoires
Bruxisme, SADAM, Malocclusion, Troubles orthodontiques, Prognathisme, Rétrognathisme.
Pathologies générales
Maladie d’Ehlers-Danlos, Fibromyalgie, RAA, Polyarthrite, Spondylarthrite ankylosante, Arthrite, Goutte, Arthrose, AVC, Diabète, Myopathie, Parkinson, Sclérose en plaques, Maladie de Charcot (SLA), Charcot-Marie-Tooth, Hémiplégie, IMC, Dyspraxie, Dysphagie, Dysphasie, Dysgraphie, Dyslexie, Poliomyélite, Acouphènes, Strabisme, Troubles veineux, Nystagmus, Phlyctènes, Cors, Durillons.
 

Liens utiles