Tendinopathie de la patte d’oie : quand une douleur interne du genou révèle un déséquilibre du mouvement

Christophe Otte
Orthokinésiste
Physiothérapeute, podologue, ostéopathe, posturologue
Tendinopathie de la patte d’oie : quand une douleur interne du genou révèle un déséquilibre du mouvement
Comprendre la surcharge, analyser le membre inférieur et agir sur les contraintes

Une douleur sur la face interne du genou fait souvent penser au ménisque ou à un ligament. Pourtant, quelques centimètres sous l’articulation se trouve une zone très sollicitée : la patte d’oie.
 

Une douleur interne du genou qui ne vient pas forcément de l’articulation

Une douleur sur la face interne du genou fait souvent penser au ménisque ou à un ligament. Pourtant, quelques centimètres sous l’articulation se trouve une zone très sollicitée : la patte d’oie.

Lorsqu’elle devient douloureuse, la gêne peut apparaître à la marche, dans les escaliers, pendant la course, lors des changements de direction ou après une augmentation de l’activité physique. La zone est souvent sensible à la pression et certaines contractions musculaires peuvent réveiller la douleur.
Identifier l’endroit qui souffre est indispensable. Mais en orthokinésie, ce n’est que le début du raisonnement. La question suivante est tout aussi importante : pourquoi cette zone reçoit-elle trop de contraintes ?
 

Qu’est-ce que la patte d’oie ?

La patte d’oie correspond à l’insertion, sur la face interne du tibia, des tendons des muscles sartorius, gracilis et semitendinosus.

Ces trois muscles viennent de régions différentes de la cuisse, mais leurs tendons se rejoignent près du genou. Ils participent notamment au contrôle de la flexion du genou et des rotations du membre inférieur. Ils contribuent aussi à sa stabilité pendant les activités en charge.

À chaque pas, ils doivent donc s’adapter aux mouvements du bassin, du fémur, du tibia et du pied. Lorsque cette adaptation devient trop exigeante ou trop répétitive, leurs tendons peuvent progressivement devenir douloureux.
Description de l'image
 

Tendinite ou tendinopathie ?

On parle couramment de « tendinite de la patte d’oie ». Le terme est compréhensible, mais il peut laisser croire que toute douleur tendineuse correspond uniquement à une inflammation.
 
Dans les formes persistantes, le tendon peut surtout présenter une modification de sa structure et de sa capacité à supporter la charge. C’est pourquoi le terme tendinopathie est souvent plus approprié.
 
Cette nuance change aussi la manière de comprendre le traitement. Il ne s’agit pas uniquement de calmer une zone douloureuse. Il faut diminuer temporairement les contraintes excessives, puis redonner progressivement au tendon la capacité de travailler normalement.

Pourquoi ces tendons deviennent-ils douloureux ?

La course, les sauts, les changements de direction et certaines activités répétitives augmentent naturellement le travail demandé aux tendons de la patte d’oie. Une augmentation trop rapide du volume d’entraînement ou une reprise sportive brutale peut suffire à dépasser leur capacité d’adaptation.
 
Mais la quantité d’activité n’explique pas tout.
La manière dont le membre inférieur s’organise pendant le mouvement peut également modifier les tensions exercées sur cette zone. Une pronation excessive ou mal synchronisée du pied peut s’accompagner d’une rotation interne plus importante du tibia. Si le genou se déplace en même temps davantage vers l’intérieur, les muscles de la patte d’oie peuvent être davantage sollicités pour participer au contrôle du mouvement.
 
Le problème n’est donc pas forcément que le tendon est « faible ». Il peut simplement travailler trop, trop souvent ou dans une mécanique qui lui impose des contraintes inutiles.

Le pied peut-il vraiment influencer une douleur du genou ?

Oui, parce que le pied et le genou ne fonctionnent pas indépendamment.
Lorsque le pied entre en pronation pendant l’appui, le tibia accompagne normalement une partie de ce mouvement. Cette adaptation est physiologique. Il ne faut donc pas considérer la pronation comme une anomalie qu’il faudrait systématiquement supprimer.
 
En revanche, lorsqu’elle devient excessive, persiste trop longtemps ou apparaît à un moment inadapté, elle peut modifier la rotation du tibia et, par conséquent, la mécanique du genou.
 
Chez certains patients, cette succession de mouvements augmente la demande imposée aux structures internes du genou, dont les tendons de la patte d’oie.
 
C’est pourquoi traiter uniquement l’endroit douloureux peut parfois apporter un soulagement sans supprimer le mécanisme qui entretient la surcharge.
 
 

La hanche peut aussi modifier ce qui se passe au genou

Le mouvement vient également d’en haut.

Les muscles stabilisateurs de la hanche participent au contrôle du fémur et du genou. Lorsque ce contrôle est insuffisant, notamment en situation de fatigue ou pendant un appui unipodal, le genou peut avoir davantage tendance à se déplacer vers l’intérieur.

Le moyen fessier joue un rôle important dans cette stabilité, avec d’autres muscles de la région fessière.
Le tendon peut donc souffrir au niveau du genou alors que l’une des raisons de sa surcharge se situe en partie au niveau de la hanche.

Cette interaction pied–genou–hanche est fondamentale : elle rappelle qu’une douleur locale peut être la conséquence d’une organisation beaucoup plus globale du mouvement.
Description de l'image
 

Deux douleurs identiques ne signifient pas deux traitements identiques

Prenons deux patients présentant exactement la même douleur sur la face interne du genou.
 
Le premier court régulièrement et vient d’augmenter brutalement son kilométrage. Son contrôle du membre inférieur est satisfaisant, mais le tendon n’a simplement pas eu le temps de s’adapter à cette nouvelle charge.
Le second n’a pas augmenté son activité. En revanche, pendant la marche ou la course, son pied part rapidement en pronation, son tibia accompagne fortement ce mouvement et son genou se déplace vers l’intérieur.
 
Le point douloureux peut être exactement le même. Pourtant, le problème mécanique ne l’est pas.
Chez le premier, la gestion de la charge et la rééducation seront probablement centrales. Chez le second, il faudra aussi chercher à modifier les contraintes qui remontent depuis le pied et à améliorer le contrôle du membre inférieur.
 
C’est pourquoi une tendinopathie ne devrait pas conduire automatiquement à une correction standard.
 

Les activateurs plantaires : agir sur le pied lorsqu’il participe réellement au problème

Lorsque l’analyse dynamique montre que le fonctionnement du pied contribue à la surcharge du genou, un activateur plantaire peut être utilisé pour guider le mouvement.
 
L’objectif n’est pas de bloquer le pied ni de le forcer dans une position considérée comme parfaite. Le pied doit conserver sa capacité d’adaptation, d’amortissement et de restitution d’énergie.
 
La correction cherche plutôt à modifier le moment et l’amplitude de certains mouvements afin que les contraintes transmises au tibia et au genou deviennent plus favorables.
Une règle reste essentielle : une correction du pied doit être évaluée par ses effets sur l’ensemble du membre inférieur. Si le pied paraît plus « droit » mais que le genou fonctionne moins bien, la correction n’a pas atteint son objectif.
Description de l'image
 

Les sangles : assister sans immobiliser

Lorsque la douleur est importante ou que le membre inférieur a besoin d’une assistance supplémentaire, des sangles élastiques peuvent être associées à la prise en charge.
 
Selon le fonctionnement observé, leur orientation peut être adaptée afin d’influencer la stabilité du genou et de diminuer temporairement certaines tensions musculaires. Dans des situations plus complexes, l’assistance peut également être pensée en relation avec la hanche.
 
La logique n’est pas celle d’une attelle rigide.
La sangle agit davantage comme une aide au mouvement : elle accompagne temporairement le système dans une direction qu’il contrôle difficilement seul.
 
Cette assistance doit évoluer avec le patient. Lorsque la douleur diminue et que le contrôle musculaire s’améliore, elle peut être réduite ou supprimée.
Description de l'image
 

Soulager n’est pas rendre le tendon dépendant

Pendant une phase douloureuse, protéger temporairement la zone est parfaitement cohérent. Le patient doit parfois diminuer certaines activités, adapter son entraînement ou bénéficier d’une assistance mécanique.
Mais la protection ne doit pas devenir une immobilisation permanente.
 
Le tendon a besoin de retrouver progressivement sa capacité à supporter les contraintes. Le traitement doit donc évoluer : soulager, diminuer la surcharge, restaurer le contrôle, remettre progressivement en charge et retrouver l’autonomie.

Cette progression est importante, car un tendon totalement protégé pendant trop longtemps peut devenir moins préparé aux contraintes qu’il devra de nouveau supporter dans la vie quotidienne ou dans le sport.

Le renforcement musculaire fait partie du traitement

Les activateurs et les sangles peuvent modifier certaines contraintes, mais ils ne remplacent pas les muscles.
Le contrôle de la hanche et du genou doit donc être travaillé lorsqu’un déficit est identifié. Les stabilisateurs de hanche, notamment le moyen fessier, peuvent avoir besoin de retrouver davantage de force, d’endurance ou simplement un meilleur timing d’activation.

Le travail doit également tenir compte des muscles directement concernés par la patte d’oie et de la capacité générale du membre inférieur à absorber puis restituer les contraintes.

L’objectif n’est pas de renforcer tout le monde de la même manière. Il est de renforcer ce qui est réellement insuffisant chez le patient.
 

Le bilan dynamique : observer le problème au moment où il apparaît

Debout devant un miroir, un patient peut sembler parfaitement stable. Quelques secondes plus tard, en descendant une marche ou en courant, son genou peut partir nettement vers l’intérieur.
C’est précisément pour cette raison que l’analyse dynamique est importante.
 
Il faut observer le comportement du pied, la rotation du tibia, le déplacement du genou et le contrôle de la hanche pendant les mouvements qui reproduisent réellement les contraintes.
Une correction peut également être testée immédiatement. Si modifier le fonctionnement du pied ou assister momentanément le genou améliore le mouvement, diminue une tension ou modifie certains tests fonctionnels, cette réaction apporte une information supplémentaire.
Le traitement devient ainsi personnalisé à partir de ce que fait réellement le corps, et non uniquement à partir de son apparence à l’arrêt.
Description de l'image
 

Faut-il arrêter le sport ?

Pas nécessairement.
Lorsqu’une activité reproduit fortement la douleur, il peut être nécessaire d’en diminuer temporairement le volume ou l’intensité. Mais l’objectif n’est généralement pas de supprimer durablement toute sollicitation.
La charge doit être adaptée à la capacité du tendon.
À mesure que les symptômes diminuent et que la fonction s’améliore, les contraintes peuvent être réintroduites progressivement. Chez le sportif, cette progression permet de préparer réellement le tendon au retour à l’activité plutôt que de simplement attendre que la douleur disparaisse au repos.
 

Quand faut-il consulter ?

Toutes les douleurs internes du genou ne correspondent pas à une tendinopathie de la patte d’oie.
Une douleur persistante ou inhabituelle mérite donc une évaluation clinique, particulièrement lorsqu’elle apparaît après un traumatisme, lorsqu’un gonflement important est présent, lorsque le genou se bloque ou se dérobe, lorsque l’appui devient difficile ou lorsque l’évolution n’est pas celle attendue.
 
L’examen permet de différencier une atteinte de la patte d’oie d’autres causes possibles de douleur interne du genou et de déterminer si une analyse biomécanique du membre inférieur est pertinente.
Tendinopathie de la patte d’oie : traiter le tendon, mais surtout comprendre sa surcharge
La tendinopathie de la patte d’oie illustre parfaitement la philosophie de l’orthokinésie.
Le patient montre la face interne de son genou :
« J’ai mal ici. »

La douleur nous indique où le système souffre. Elle ne nous dit pas nécessairement pourquoi.
Que fait le pied lorsqu’il touche le sol ?
La pronation est-elle correctement synchronisée ?
Comment le tibia tourne-t-il ?
Le genou reste-t-il stable ?
La hanche contrôle-t-elle suffisamment le fémur ?
Le tendon a-t-il simplement été soumis trop rapidement à une charge qu’il n’était pas prêt à supporter ?

C’est l’ensemble de ces questions qui permet de construire la prise en charge.
L’activateur plantaire peut guider le pied lorsque son fonctionnement participe à la surcharge. Les sangles peuvent apporter une assistance temporaire. Le renforcement musculaire et la remise en charge progressive permettent ensuite au patient de reprendre lui-même le contrôle.
Aucun de ces outils n’est une solution universelle.
L’objectif n’est pas simplement de faire taire la douleur. Il est de comprendre pourquoi les tendons de la patte d’oie ont été dépassés, de diminuer les contraintes qui les entretiennent et de redonner au membre inférieur les capacités nécessaires pour fonctionner durablement.
C’est toute la différence entre traiter l’endroit qui fait mal et traiter le mouvement qui l’a conduit à souffrir.
 

Nuttige links